Baniere

La Finance des Stocks : Arbitrage entre Valeur de l'Entreprise et Trésorerie

Caledar Icon Publié le 11/01/2026 | 
Finance | 
Views Icon Billet vue 30 fois | 
Time Icon Lu en 8,89Mn
Cet article à été également écrit en Eng et accessible ici:Inventory: Balancing Value and Cash Flow

Image Pexels.com
Moins de luxe en vitrine, plus de cash en machine
Moins de luxe en vitrine, plus de cash en machine

Index

Expand


0:00 / 0:00

Le choix de traiter le sujet de la valeur des stocks s'est imposé car, après avoir longtemps paramétré ce que l'on appelle le "Coût des ventes" dans Business Central, il m’est apparu nécessaire d'en comprendre enfin le sens profond et les enjeux réels pour les entreprises.
Cet article est une interprétation personnelle du flux de transformation de la valeur. L'objectif est d'expliquer cette compréhension avec mes mots, simples et accessibles, sans employer de langage financier trop complexe ou de termes techniques étrangers.

Le cycle de transformation : Quand l'écriture comptable devient de l'argent réel

Avant d'analyser les méthodes de calcul, j'aimerais partager ma façon de voir une entreprise; comme un organisme qui transforme de l'argent (la liquidité) en matière, puis cette matière en plus d’ argent.

Ce cycle d'exploitation est une boucle où la valeur change de forme. Au départ, la trésorerie brute est disponible sur le compte en banque : cet argent est "inerte".
Pour créer de la richesse, il est utilisé pour acheter du stock. À cet instant précis, l'argent disparaît de la banque mais réapparaît instantanément dans ce que l'on possède (le bilan) sous forme d'actif.
Le patrimoine ne change pas, il change simplement de nature, de forme.

C’est lors de la revente que tout se joue. La décision que l'on prend "sur le papier", le choix de la méthode pour calculer la valeur de ce qui sort de l'entrepôt, agit comme un robinet sur l'argent disponible. Si l'on choisit une méthode qui diminue artificiellement le coût d'achat pour afficher un plus gros bénéfice, ce n'est pas juste un chiffre pour se faire plaisir: c'est la base sur laquelle l'État va calculer les impôts.

Par conséquent, une décision théorique sur un mode de calcul déclenche une sortie d'argent bien réelle vers le fisc. Plus la méthode choisie "valorise" l'entreprise, plus elle peut "appauvrir" le compte en banque à court terme. Le pilotage du stock consiste donc à trouver un équilibre: faut-il paraître riche et solide quitte à avoir moins d'argent disponible, ou paraître plus modeste mais garder son argent pour réinvestir?

1. Le Stock au Bilan : Un bien possédé, pas une perte d'argent

Lors de l'achat de marchandises, l'entreprise ne s'appauvrit pas. Elle transforme une ressource en argent en une ressource matérielle. Cette opération est neutre pour le patrimoine.

1A. L'achat :

L'entrée dans le patrimoine
Lors de la réception de la facture d'achat, on note l'augmentation de ce que l'on possède (le stock) et l'augmentation de ce que l'on doit (la dette au fournisseur).

On débite le compte 37, Stocks de marchandises: 10 000 €
On crédite le compte 401, Fournisseurs: 10 000 €

Le stock est ici à l'Actif (compte 37): c'est une promesse de revenu futur.
On ne considère pas encore cet achat comme une dépense qui réduit le bénéfice.

1B. La Revente:

Le moment où l'on constate la dépense
Pour calculer le bénéfice réel, on doit faire correspondre le prix de vente et le prix d'achat au même moment. On fait alors sortir la valeur du stock du patrimoine pour l'envoyer dans le calcul du résultat.

Étape 1:
On enregistre la vente (Le revenu)

On débite le compte 411, Clients: 15 000 €
On crédite le compte 707, Ventes de marchandises: 15 000 €

Étape 2:
On enregistre le coût de ce qui a été vendu

On débite le compte 607, Achat de marchandises (Variation): 10 000 €
On crédite le compte 37, Stocks de marchandises: 10 000 €
Le bénéfice net est alors de 5 000 € (15 000 - 10 000).

2. Le paradoxe entre Image et Portefeuille

Le choix de la méthode de calcul crée un arbitrage entre l'image que l'on donne aux tiers et la réalité de ce qu'il reste sur le compte en banque.

2A. La méthode "Premier Entré, Premier Sorti" (FIFO)

On considère que les premiers articles achetés sont les premiers à être vendus. En période de hausse des prix, on déduit des coûts anciens, donc plus bas. L'entreprise paraît très riche au bilan, mais l'impôt à payer est plus important car le bénéfice affiché est mécaniquement gonflé.

2B. La méthode du "Coût Moyen" : L'art du lissage

Ici, on mélange les prix anciens et les nouveaux pour obtenir une moyenne.
Exemple de calcul :

  • Stock au début : 100 unités à 10 € (Valeur : 1 000 €).
  • Nouvel achat : 100 unités à 20 € (Valeur : 2 000 €).
  • Moyenne : (1 000 + 2 000) / 200 unités = 15 €.

Impact lors d'une vente de 100 unités à 30 € :

  • Coût calculé : 100 unités x 15 € = 1 500 €.
  • Bénéfice : 1 500 €.
  • Impôt (ex: 25%) : 375 €.

Avec la méthode FIFO, l'impôt aurait été de 500 € (car basé sur le coût initial de 10 €). Le Coût Moyen permet donc de garder 125 € de plus sur son compte en banque.

​2C. Le Coût Standard : La stabilité avant tout

​Contrairement aux autres méthodes, ici on ne suit pas le prix d'achat réel. L'entreprise fixe un prix "théorique" (le standard) qu'elle estime juste pour l'année.

Si l'on fixe le standard à 12 €, mais que l'on achète l'article à 15 €, le stock entrera quand même au bilan pour 12 €. La différence de 3 € est immédiatement envoyée dans un compte spécial appelé "Écart sur prix d'achat".

​C'est la méthode préférée des usines de fabrication. Elle permet de juger la performance commerciale sans être polluée par les variations de prix des fournisseurs. On sait exactement ce que l'on "devrait" gagner.

​Le bénéfice est très stable, mais les écarts (les fameuses "variances") doivent être surveillés comme le lait sur le feu, car ils révèlent si l'entreprise achète plus cher que prévu.

L'écriture dans le cas d'un achat supérieur au coût standard:

On débite le compte 37 Stocks de marchandises (Valeur Standard): 100 €
On débite le compte 6037 Écart sur prix d'achat (L'excédent): 10 €
On crédite le compte 401 Fournisseur (Dette Réelle): 110 €

​2D. Le Coût Spécifique : La précision chirurgicale

​C'est la méthode la plus fidèle à la réalité physique, souvent utilisée pour des produits de grande valeur ou avec des numéros de série (bijouterie, voitures, machines).

Chaque article est suivi individuellement. Si l'on achète deux montres identiques, l'une à 5 000 € et l'autre à 5 500 €, le système sait exactement laquelle a été vendue.

Il n'y a plus de calcul de moyenne ou de sortie théorique. Le coût qui sort du bilan est exactement celui qui a été payé pour l'unité précise qui sort de l'entrepôt.

Cela demande une rigueur de saisie absolue (scanner chaque numéro de série à chaque mouvement). C'est le prix à payer pour une transparence totale sur la marge.

💡 La règle du "Solde à Zéro"

Dans une gestion manuelle, le calcul des coûts peut être un casse-tête. Si la méthode est mal maîtrisée, il existe un risque de se retrouver avec une valeur résiduelle au bilan alors que l'entrepôt est vide.
Dans ce cas, le comptable doit intervenir pour régulariser le solde en le passant en perte afin de nettoyer le bilan.
À l'inverse, il doit veiller à ne pas faire sortir plus de valeur que ce que le stock contient, ce qui créerait une valeur d'actif négative impossible.

Rassurez-vous, Business Central amoindrit cette responsabilité. Le système dispose d'une sécurité mathématique: lorsqu'une vente fait tomber la quantité à zéro, l'ERP ignore le calcul théorique et répartit la totalité de la valeur restante au bilan sur le compte de résultat. Que l'écart vienne d'un arrondi ou d'un frais arrivé tardivement, le système garantit que: Quantité Zéro = Valeur Zéro. Le logiciel gère ce nettoyage tout seul, garantissant une cohérence parfaite.

3. Le cadre légal : Une liberté sous surveillance

​Si Business Central propose une telle variété de méthodes, c'est parce qu'il s'agit d'un logiciel mondial utilisé dans des contextes très différents. Cependant, le choix d'une méthode n'est pas qu'une question de préférence de gestion : c'est aussi une question de conformité avec la loi.

​3A. La règle de la permanence

​Le fisc et les normes comptables (le Plan Comptable Général en France) autorisent l'entreprise à choisir sa méthode, mais ils imposent la permanence des méthodes. On ne peut pas changer de mode de calcul tous les ans au gré de l'inflation pour réduire ses impôts. Si l'on passe du FIFO au Coût Moyen, il faut pouvoir le justifier par un changement réel d'activité et l'expliquer dans les annexes du bilan.

​3B. Une harmonie mondiale... avec des exceptions majeures

​Les méthodes de calcul sont globalement les mêmes sur la planète, mais leur légalité varie selon les zones géographiques :

En France et en Europe (Normes IFRS) : Le FIFO et le Coût Moyen sont les rois. Le LIFO (Dernier Entré, Premier Sorti) est strictement interdit. Pourquoi ? Parce qu'en période de hausse des prix, le LIFO permettrait de gonfler les charges de manière disproportionnée pour payer moins d'impôts.
Les autorités considèrent cela comme une distorsion de la réalité.

Aux États-Unis (Normes US GAAP): C'est l'exception notable. Le LIFO y est autorisé, ce qui permet aux entreprises américaines d'optimiser leur fiscalité de manière beaucoup plus agressive que leurs homologues européennes.

​Le Coût Standard:
Il est accepté partout, à condition qu'il ne s'écarte pas trop de la réalité. Si à la fin de l'année, les écarts (variances) sont massifs, le comptable devra rectifier le tir pour que la valeur au bilan ne soit pas totalement imaginaire.

4. Trouver le bon équilibre, le choix dépend de la priorité stratégique :

  • Vouloir rassurer (Banques ou Investisseurs): On choisit souvent une méthode qui valorise fort le stock au bilan (comme le FIFO) pour montrer une structure solide, quitte à payer plus d'impôts.
  • Vouloir se développer (Trésorerie) : On préfère lisser les coûts pour réduire le bénéfice imposable et garder un maximum d'argent disponible pour racheter de la marchandise.
  • Focus Pilotage (Industrie) : On choisit le Coût Standard pour ne pas avoir de mauvaises surprises sur les marges et analyser ses erreurs d'achat.
  • ​Focus Traçabilité (Luxe / Haute technologie) : On choisit le Coût Spécifique pour coller à la réalité physique de chaque produit, quel qu'en soit le prix.

Conclusion

Il ne faut pas confondre la richesse "comptable" (le bilan) et la santé réelle (la banque). Pour une entreprise, la pérennité dépend souvent plus de l'argent disponible que de la beauté de ses chiffres théoriques. Une méthode qui préserve la trésorerie est souvent plus prudente sur le long terme.

Maintenant que les principes du flux de valeur sont posés, il est temps de passer à la pratique. Dans les trois prochains articles, je parlerai de comment transformer ces concepts en paramètres concrets, comment gérer les imprévus du quotidien et enfin comment garantir une clôture comptable sans faille dans Business Central.

Aidez le blogueur en donnant une note à cet article:
x x x x x